Naissance d'une nouvelle rubrique : VOUS AVEZ LA PAROLE. Réflexions sur trois points inaugure avec ce texte de Dédé 59, une page réservée aux membres qui désirent publier - sous leur entière responsabilité - un texte ou une étude de leur cru, un texte d'auteur assorti de leur analyse, ou tout simplement développer au delà d'un simple commentaire sur un sujet proposé par le blog. Les règles d'élémentaire courtoisie selon la ligne directrice ici affichée, devront être respectées. Enfin, ne disposant pas d'une équipe d'assistants et de correcteurs, je me réserve de publier ou pas sans avoir à me justifier, écartant d'ores et déjà tout sujet ayant des rapports directs avec la pratique ou l'exercice de la religion et la politique, la vie interne d'une organisation (tout au moins pour ce qui concerne l'apologie, le prosélytisme, etc).
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La fraternité est généralement définie comme suit : 1. Lien de parenté entre frères et sœurs. 2. Union étroite entre des hommes ou des groupes humains qui se considèrent comme frères. Dans les 2 cas, il s’agit d’établir un lien entre autrui et soi-même, que ce lien s’applique à des personnes proches de nous (famille) ou plus éloignés (amis, camarades…) avec qui on a certaines choses en commun.
La fraternité est donc basée sur des liens de reconnaissance et de ressemblance. Dans le premier cas, les points communs sont simples et basés sur le sentiment d’appartenance à une même famille, une même parenté. Dans le second cas, les critères sont plus subjectifs, basés non plus sur les liens du sang, mais sur la communauté d’idées, d’idéaux et de buts à atteindre.
On passe donc d’un cercle restreint à un cercle plus large. Quelle est la taille d’un groupe donné ? En général, il peut tourner autour d’une dizaine, voire d’une vingtaine ; un groupe à « taille humaine » où on connait l’un et l’autre et avec qui on partage des idées communes et des instants de convivialité. A partir d’une certaine taille, il semble que les liens soient plus distendus et que par réaction, on en arrive à créer des sous-groupes par affinités, d’où le danger de dissolution de ces groupes plus importants. Pour maintenir la cohésion du groupe, il faut donc aller au-delà des simples affinités et ressemblances ; et trouver quelque chose de beaucoup plus grand, qui tout en incluant le côté « ressemblance », « convivial », le dépasse largement, ce qui permet à chacun de s’exprimer sans que sa « spécificité », sa « différence », gêne l’existence du groupe constitué puisqu’on est au-delà de la ressemblance de base.
D’un côté, nous avons donc un mouvement d’extension, un mouvement « horizontal », dirons-nous, mais qui atteint vite ses limites. Pour qu’il puisse se maintenir et même continuer à s’étendre, il est nécessaire d’étendre son « appartenance » au-delà du basique, dans un mouvement « vertical », en quelque sorte. Qu’arrive-t-il si le mouvement s’arrête ? Tout simplement l’enfermement, la sclérose ; le risque de sectarisation en quelque sorte. Une « secte », ce serait en quelque sorte une fraternité sclérosée ; une fraternité qui a mal tourné. D’où nécessité d’entretenir le mouvement, aussi bien d’un point de vue individuel que collectif. Autrement dit, la fraternité n’est pas automatique ; elle est le résultat d’un travail perpétuel, sans quoi le groupe disparaît tôt ou tard.
Un groupe, pour se maintenir, a donc besoin d’un idéal commun. Mais en quoi consiste cet idéal ? Un idéal est en général ce qui se conçoit de plus élevé, de plus pur ; ce qui atteint à la perfection. Seulement… il est des « idéaux » basés non sur ce qui est le plus élevé, le plus pur, mais sur ce qui a de plus trivial en l’homme : la colère, la peur, la vengeance, la haine. Des hommes peuvent également se regrouper autour de ces concepts là et constituer aussi une espèce de « fraternité », et suivre le même processus de croissance ; et ce de façon d’autant plus dangereuse qu’ils mélangeront adroitement le « contre » et le « pour » (aucun être humain n’avouerait franchement être guidé par la seule colère ou la seule haine, il lui faut des prétextes plus « nobles » pour qu’il puisse partir en croisade en toute bonne conscience).
Face à ces différents groupes, un homme se trouve souvent à la croisée des chemins. Quelle route choisir ?
C’est là que doit intervenir la réflexion personnelle, le discernement, et surtout la lucidité envers soi-même. Pourquoi rejoindre tel ou tel groupe ? Pour le plaisir de partager ou pour le désir de combattre un adversaire désigné ? C’est à chacun de se déterminer en cette matière et de le faire honnêtement. Un groupe qui se présente comme une fraternité n’est pas automatiquement tourné vers quelque chose de positif ; aussi faut-il faire preuve de discernement, l’examiner attentivement avant de s’y inscrire et voir en quoi il correspond à nos aspirations.
Dans un 2ème temps, il nous faut examiner honnêtement nos aspirations et déterminer si elles se rapportent à un réel désir d’expansion ou à un désir de croisade « contre » quelqu’un ou quelque chose.
Enfin, une fois le choix fait, oser sauter le pas. Dans un cas comme dans l’autre, le choix est fait de façon éclairée, délibérée. Le plus difficile est de savoir ce qu’on veut et de connaître nos propres motivations. Il est des cas où on rejoint tel ou tel groupe non pour militer « pour » ou « contre », mais pour demander au groupe assistance, protection, amour ; bref, tout comme on le demanderait à des parents de substitution. Or, ce n’est pas le but premier de toute association, qui suppose des membres matures et adultes. Dans ce cas, la personne ne vient pas pour offrir, partager, échanger, mais prendre encore et encore. Ces personnes, si elles ne font pas le travail nécessaire sur elles-mêmes, seront éternellement déçues et s’en iront de groupe en groupe réclamer ce que personne n’est à même de faire, c’est-à-dire « materner ». Peut-être parviendront-elles quand même à trouver un groupe où on est bien ensemble, où on se tient chaud, mais ce sera un de ces groupes sclérosés, limite sectes (quand ce ne seront pas des sectes tout court).
« Fraternité » est donc un terme qui recouvre bien des définitions et qui peut donner le pire comme le meilleur. Ce ne devrait donc pas être une fin en soi, mais la conséquence d’un état de conscience. On peut très bien se sentir frère ou sœur de tel ou tel homme ou femme tout à fait inconnu, mais avec qui on se sera senti un instant proches, sans obligatoirement être membres de tel parti, syndicat, association, ordre ou quoi que ce soit. On peut même se sentir frère ou sœur de toutes les créatures vivantes, à l’exemple de François d’ Assise, ou du Bouddha, mais cela suppose dans le même temps un état de conscience extrêmement élevé ; et là, on est au-delà du petit groupe de base.
Dédé 59 08.09.2011






















